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Lutter contre l'exploitation illégale des forêts au Ghana: pourquoi la société civile fait pression pour obtenir la mise en œuvre d'un APV

- Samuel Mawutor

Je rentre tout juste d'une tournée politique de deux semaines à travers l'Europe, au cours de laquelle j'ai rendu visite à des décideurs politiques travaillant sur le plan d'action de l'UE pour l'application de la législation forestière, la gouvernance et les échanges commerciaux (FLEGT) en Belgique, en Allemagne, en France et aux Pays-Bas. J'espérais susciter un intérêt et obtenir des appuis en faveur des Accords de partenariat volontaire (APV) du FLEGT en montrant aux États membres les réussites et les effets que génère déjà l'APV du Ghana. Je souhaitais également leur faire part des difficultés que rencontre la société civile face à ce processus. Avec l'aide de mes collègues du Liberia et du Cameroun, j'ai aussi cherché à souligner le fait que le FLEGT constituait une approche de transformation de l'aide au développement, qui progresse peut-être lentement mais pourrait avoir un impact conséquent.

Nous nous sommes engagés auprès des autorités responsables du Règlement de l'UE dans le domaine du bois, auprès de responsables gouvernementaux travaillant sur le FLEGT, de membres de la Fédération du commerce de bois, ainsi que de personnes qui cherchent à atténuer les effets du changement climatique en utilisant les forêts. Nous étions venus leur porter des messages, mais en fin de compte, eux-aussi nous ont beaucoup appris. Nous nous sommes également découvert une solide vision commune de notre devoir collectif de lutter contre les facteurs de la déforestation, et notamment contre l'exploitation illégale des forêts. Lutter contre le commerce de bois d'origine illégale requiert un engagement politique de haut niveau entre les gouvernements et le secteur privé, ainsi que de plus fortes pressions de la part de la société civile, aussi bien dans les pays européens que dans les pays producteurs de bois.

Au fur et à mesure de mes déplacements, j'ai constaté avec tristesse que l'enthousiasme pour les APV et l'intérêt pour l'exploitation illégale des forêts étaient limités, en dépit des commentaires positifs qui ont récemment émané de l'évaluation du FLEGT et du Conseil de l'Europe. Le problème réside apparemment dans le fait qu'ils mesurent le succès ou l'échec des APV en fonction de la disponibilité des licences FLEGT. Il s'agit là d'une simplification extrême d'un processus complexe, qui ne tient pas compte de l'évolution progressive mais importante que continuent à engendrer les APV. 

Le fait que seule l'Indonésie possède un bois estampillé FLEGT signifie-t-il que les efforts faits par la société civile au Ghana, au Liberia, au Cameroun et dans d'autres pays ne comptent pas? Cela n'a-t-il aucune importance que nous ayons réussi à faire reculer la corruption, à demander des explications aux responsables politiques et aux bureaucrates malhonnêtes, à coopérer avec l'industrie pour s'assurer qu'elle respecte ses obligations sociales, à faire réformer les lois favorisant la déforestation et l'exploitation illégale des forêts, à dégager des profits revenant aux communautés forestières locales qui se battent en première ligne contre l'exploitation illégale des forêts et à démocratiser l'espace politique des prises de décisions concernant les forêts ?

Cette baisse d'engouement n'aurait pas dû me surprendre, car les pays producteurs ne manifestent pas une grande volonté politique. C'est l'une des raisons qui explique la lenteur des changements concernant l'amélioration des capacités, le développement des systèmes de vérification de la légalité et les réformes juridiques plus généralement. Cela doit changer et c'est à nous, la société civile, de pousser nos plaidoyers un cran plus loin, pour que les systèmes reviennent à l'ordre du jour et pour faire pression en faveur de la poursuite des systèmes de vérification de la légalité.

S'ils ne sont pas poussés par la société civile, les gouvernements des pays du Sud ne feront pas avancer les réformes juridiques et politiques à la vitesse requise. Ils doivent s'approprier le processus d'APV, sachant que l'impact à long terme d'un APV bénéficie davantage aux pays producteurs qu'à l'UE.

Pour avancer, l'UE doit donc montrer qu'elle soutient toujours le FLEGT et la société civile doit être en mesure de convaincre les gouvernements que les APV constituent une priorité. Nous devons revoir notre vision concernant les changements de gouvernance que nous souhaitons obtenir grâce aux APV, et définir les mesures nécessaires pour garantir des APV appropriés et qui fonctionnent par les États.

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