22 Janvier 2003

 

 

LETTRE DES ONG D’AFRIQUE CENTRALE AUX ACTEURS DU PARTENARIAT BASSIN DU CONGO

 

Nous, ONG d’Afrique centrale actives dans le secteur forestier, et ONG internationales qui appuient les ONGs d’Afrique, avons appris avec grand intérêt la tenue à Paris d’une rencontre des acteurs du Partenariat Bassin du Congo.

 

Nous partageons votre préoccupation déclarée en faveur de la promotion d’une gestion durable des forêts en Afrique centrale, soumises depuis plus d’une décennie à une intense exploitation, réalisée sans mesures élémentaires de planification dans les concessions, et entachée, assez souvent, d’illégalité. Les modes de gestion des forêts de la région se sont traduits, jusqu’ici, par une dégradation rapide du couvert forestier, une paupérisation des Etats et des communautés rurales de la zone forestière, la prise en compte inadéquate des droits, intérêts et cultures des peuples de la forêt, et surtout des populations autochtones pygmées.

 

Nous tenons toutefois à exprimer notre profonde préoccupation à l’observation du processus en cours, et notamment sur les questions suivantes :

 

  1. La participation de la société civile et des populations du Bassin du Congo au leadership forestier est jusqu’ici inexistante, donnant la fâcheuse impression d’un processus conçu et imposé de l’extérieur. On remarque en effet qu’il n’existe pas d’organisations de la région parmi les partenaires de l’initiative. Il est également significatif de constater qu’aucune réunion du processus ne s’est jusqu’ici tenue en Afrique centrale.

 

  1. A notre connaissance, l’accès à l’information sur le processus est des plus difficiles. Il existe en effet, à notre connaissance, peu d’informations sur l’initiative en cours.

 

  1. Certains des partenaires actuels ont largement contribué au pillage des ressources forestières du Bassin du Congo, et y poursuivent en ce moment leurs activités illégales, en toute impunité. Il nous semble inquiétant de leur accorder le statut de partenaires de l’initiative, sans évaluation de leur volonté de modifier leurs visions et pratiques.

 

  1. La conservation apparaît comme l’un des principaux axes d’action du partenariat Bassin du Congo. Notre expérience des projets en cours dans la sous-région indique une faible participation des communautés locales, dont les modes de vie et les cultures souffrent bien souvent de nombreuses restrictions imposées par les projets de conservation.

 

Nous soumettons à votre attention les préoccupations suivantes :

 

  1. La gouvernance a été identifiée, depuis le début des années 90, comme étant la principale cause des problèmes constatés dans le secteur forestier. Nous estimons qu’il ne serait pas souhaitable de poursuivre cette initiative sans fournir d’indications claires sur les moyens dont vous pensez vous attaquer à cette problématique cruciale. Nous suggérons, par exemple, que votre initiative se démarque de toutes celles qui l’ont précédée en mettant un terme, avant son démarrage, à tous les cas connus d’exploitation forestière à grande échelle dans les pays du Bassin du Congo.

 

  1. L’engagement public de chacun des acteurs (Union européenne, Etats-Unis, Banque mondiale, WWF, UICN, WCS, etc.) à n’accorder aucun financement public, assistance technique ou contrat de

 

partenariat de quelque nature que ce soit à des sociétés coupables d’activités illégales non complètement résolues.

 

  1. Malgré le développement important de l’exploitation forestière illégale, jamais aucun agrément de société coupable n’a été retiré. Nous invitons les gouvernements des pays du Bassin du Congo et leurs partenaires à s’engager à faire preuve de davantage de fermeté dans le traitement des crimes écologiques dans le secteur forestier.

 

  1. En sa qualité d’acteur de la gestion des forêts, le secteur privé devrait être étroitement associé à toute initiative de promotion de la gestion durable des forêts. Il serait toutefois inacceptable que cette association se traduise par une amnistie des infractions et crimes passés. Ne devront être associées à l’initiative que des sociétés ayant fourni la preuve du règlement définitif de toute infraction passée.

 

  1. L’amélioration du contexte politique et juridique de l’action de la société civile dans le Bassin du Congo, par l’amélioration de l’accès à l’information, à la participation publique et à la justice dans des affaires relatives à l’exploitation illégale du bois.

 

 

Dans l’attente de votre réaction, nous vous prions de croire, Messieurs les délégués, en l’assurance de notre parfaite considération.

 

 

Les signataires

 

SAMUEL NGUIFFO,

Centre pour l’Environnement et le Développement (CED), CAMEROUN

 

ELIAS NDJOH,

Centre International d’Appui au Développement Durable (CIAD), CAMEROUN

 

ROCH EULOGE N’ZOBO,

Observatoire Congolais des Droits de l’Homme (OCDH), CONGO/BZV

 

BELMOND TCHOUMBA,

CED, CAMEROUN

 

DOMINIQUE NSOSSO,

Comité Consultatif des ONG de Conservation et de l’Environnement (CCOCE), CONGO/BZV

 

EDITH ABILOGO,

Vulgarisation de l’Information environnementale, BUBINGA, CAMEROUN

 

PATRICE PASSE SANAND,

Organisation Centrafricaine pour la Défense de la Nature/Réseau Africain d’Action Forestière (OCDN/RAAF), CENTRAFRIQUE

 

CYRIAQUE YABOUNA,

Comité de Liaison des ONG du Congo (CLONG-CONGO), CONGO

 

BEKITE BEKITE,

International Relief Friendship Foundation (IRFF), CAMEROUN

 

ADOLPHINE MULEY,

Réseau des Associations Autochtones Pygmées (RAPY), RDC

 

FATIMA NGONGO KILONGO,

Héritiers de la Justice, Association pour les Droits humains et la Résolution pacifique des conflits, BUKAVU/RDC

 

ARMAND MOUTENDY,

Association de Lutte contre l’exploitation non controlée des forêts équatoriales,  BRAINFOREST, GABON

 

ABDOULAYE SY,

Commission Justice et Paix (CJP), CONGO/BZV

 

WATTEAU BITYILI,

Fédération des Associations, GIC, Agriculteurs, Pisciculteurs, et Eleveurs du Cameroun (FAGAPECAM), CAMEROUN

 

BIENVENU NGOY ISSIKIMO,

Groupe de Travail Forêts/Conseil Provincial des ONG de Développement de Kinshasa (GTF/CRONGO), CONGO/KIN

 

ARMAND NSAH MVOGO,

PLANET-SURVEY-Environnement et Développement Durable, CAMEROUN

 

MARTHE MAPANGOU,

Education pour la Défense de l’Environnement et la Nature (EDEN), GABON

 

SIMON COUNSELL,

RAINFOREST FOUNDATION

 

JONATHAN BARNARD,

FORESTS MONITOR