Les Échos de la Plateforme

N° 1 - Avril 2003 - Trimestriel de la Plateforme Forêts–Communauté européenne

La Plateforme Forêts-Communauté européenne est une initiative de FERN visant à assurer un lien entre les populations du Sud et la Communauté européenne dans le domaine de l'aide et des forêts.

************************************************************************

 

Chers lecteurs de la Plateforme,

 

C'est avec un grand plaisir que nous vous livrons ce premier numéro des Échos de la Plateforme. Avec ce bulletin d'information, la Plateforme souhaite vous apporter une information simple et directe mais aussi et surtout susciter vos idées et réactions. Le bulletin fournira un aperçu de vos activités, des évolutions concernant la politique d'aide de la Communauté européenne (CE), ses impacts sur  les forêts ainsi que des moyens de vous orienter dans le labyrinthe l'Union européenne..

 

Pour que les Échos soient le plus utile possible, n’hésitez pas à m’envoyer  des informations sur les activités que vous souhaitez faire connaître auprès des membres de la Plateforme, qu'il s'agisse de projets, de documents d'information ou d'orientation ou tout simplement de réactions aux nouvelles communiquées ici. Nous espérons que vous profiterez de l'occasion pour faire des Échos un outil vivant du débat sur l'aide communautaire et les forêts.

 

S'il y a lieu, vos retours d'information et d'expérience, tant favorables ? que critiques, seront  transmis  aux fonctionnaires et aux décideurs des institutions européennes. Par ce biais, les membres de la Plateforme disposent d'un moyen d'influencer l'Union européenne et les conséquences de son programme d'aide pour les forêts du monde.

 

N'hésitez pas à me faire part de tout commentaire ou suggestion susceptible d'améliorer ce bulletin d'information et à envoyer les Échos de la Plateforme à vos amis et collègues.

Bonne lecture !

 

Bérénice Muraille, coordinatrice de la Plateforme Forêts–Communauté européenne

berenice@fern.org

www.fern.org/pages/aid/platform.htm

 

 

Sommaire

 

Les débats de la Plateforme

1. Forêts : le chaînon manquant

2. Le genre, grand absent de la programmation de l'aide communautaire

 

Nouvelles politiques de l'UE

3. Un nouveau cadre juridique communautaire pour l'aide à l'Asie et à l'Amérique latine

4. Plan d'action de l'UE contre l'abattage illégal

5. Entrée en vigueur de l'Accord de Cotonou

 

Nouvelles du monde

6. Une société à l'amende pour le commerce de bois d'origine illégale

7. Les inquiétudes des ONG africaines à l'égard du Partenariat pour la forêt du bassin du Congo

8. Deux projets financés par la Commission européenne au Gabon

9. Des microfinancements pour les communautés forestières en Asie

 

Informations utiles

10. Démêler l'écheveau européen : nouvelles publications et documents

11. La Plateforme Forêts–Communauté européenne en bref


Les débats de la Plateforme

 

1. Forêts : le chaînon manquant

 

Une étude récente de FERN révèle que, loin de contribuer à la conservation et à l'utilisation durable des forêts tropicales, l'aide communautaire pourrait au contraire déboucher sur une réduction des forêts et un accroissement de la pauvreté des populations tributaires des forêts. Cela s'explique en partie par l'indigence de la consultation des groupes de la société civile et des organisations des populations autochtones lors de l'élaboration des programmes communautaires d'aide ou des documents de stratégie par pays (qui déterminent la destination des fonds communautaires au niveau national). L'étude met ainsi à mal l'affirmation et la promesse de la Commission européenne selon lesquelles la politique communautaire de développement, revue en 2000, intégrerait l'environnement dans tous ses domaines prioritaires.

 

Le rapport de FERN, Forests at the Edge: A review of EC aid spending, se fonde sur l'examen de seize documents de stratégie par pays et deux documents de stratégie par région. Le montant de l'aide allouée à ces pays atteint 1,6 milliards EUR pour les 2 à 5 années à venir. Quoique les seize pays passés en revue (en Afrique, Asie et Amérique latine) présentent tous une vaste couverture forestière, aucun des documents de stratégie ne propose une analyse complète de la dépendance des communautés et populations locales à l'égard des forêts en tant que source d'alimentation, de chauffage, de matériaux, de médicaments et de moyens de subsistance.

 

Le rapport constate en outre que :

 

- le lien entre la pauvreté et la gestion des ressources naturelles est totalement négligé ou est abordé de manière superficielle ;

 -en Afrique, près de la moitié de l'aide sur les cinq ans (428 millions EUR) sera affectée à des axes routiers qui, dans bien des cas, favoriseront la dégradation tant des forêts que de la condition des populations tributaires des forêts ;

- la participation de la société civile et des populations autochtones à l'élaboration des documents de programmation a été soit insuffisante, soit inexistante ;

- les questions en relation avec les populations autochtones sont négligées dans l'ensemble des documents de stratégie par pays passés en revue.

 

Les conclusions et les recommandations du rapport ont été présentées lors de la première réunion de la Plateforme Forêts–Communauté européenne en novembre 2002 à Bruxelles. Les participants à la réunion ont manifesté leur intérêt pour les questions relatives à l'aide communautaire et ont exprimé le sentiment d'être mal informés sur le sujet. Tant le rapport que la réunion apportent donc une réponse opportune au besoin d'une évaluation des orientations de la Commission européenne et de ses délégations en matière de programmation de l'aide par pays. La conclusion principale de la réunion est que la capacité d'influencer la programmation de l'aide communautaire au niveau d'un pays requiert une action tant de la part des ONG européennes à Bruxelles et dans les États membres de l'Union que de la part des ONG du Sud au niveau national et auprès des délégations. Plusieurs mesures ont été convenues.

 

SOURCES D'INFORMATION SUPPLÉMENTAIRES

 

Rapport Forest at the Edge: a review of EC aid spending : http://www.fern.org/pubs/reports/cspedge.pdf

Documents de stratégie par pays pour les pays d'Asie et d'Amérique latine : http://europa.eu.int/comm/external_relations/sp/index.htm

Documents de stratégie par pays pour les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique :

http://europa.eu.int/comm/development/body/csp_rsp/csp_en.cfm

Procès-verbal de la 1ère réunion de la Plateforme Forêts–Communauté européenne : http://www.fern.org/pubs/reports/cspedge.pdf

 

 

2. Le genre, grand absent de la programmation de l'aide communautaire

 

Il ressort d'un document d'information du réseau WIDE (Women in Development Europe) que, quoique les questions relatives à l'égalité femmes–hommes (gender mainstreaming) pourraient être intégrées par certaines des politiques de l'UE, elles ne bénéficient d'aucune reconnaissance dans la pratique.

 

On ne trouve quasiment nulle trace de la problématique du genre et de son intégration dans les politiques et actions dans les 40 documents de stratégie par pays passés en revue. Pour la plupart des pays, les priorités vont au transport et au soutien macroéconomique, deux domaines où la prise en considération de la question du genre n'est pas à proprement parler une tradition. Du reste, cette réflexion vaut aussi pour l'environnement et les forêts (cf. l'article plus haut). Le genre figure rarement au programme du dialogue politique et le personnel des délégations communautaires ne s'en soucie guère.

 

Quelles que soient les déclarations politiques de l'UE, l'intégration des questions de genre dans ses politiques et actions posera problème tant que feront défaut une volonté politique, un encadrement et une responsabilisation. On comprend d'autant mieux les progrès décevants enregistrés dans la mise en œuvre des politiques de gender mainstreaming.

 

SOURCES D'INFORMATION SUPPLÉMENTAIRES

 

Document d'information : Gender in the European Union: Everywhere and Nowhere. http://www.aprodev.net/files/gender/EverywhereNowhere02.pdf

 

 

Nouvelles politiques de l'Union européenne

3. Un nouveau cadre juridique pour l'aide à l'Asie et à l'Amérique latine

 

La Commission européenne a élaboré une proposition de nouveau cadre juridique pour l'aide et la coopération au développement destinées aux pays d'Amérique latine et d'Asie (ALA). L'aide à ces régions représente quelque 3,8 milliards EUR pour la période 2003-2006.

 

La proposition apporte plusieurs changements préoccupants par rapport au cadre réglementaire en vigueur :

- elle met l'accent sur l'importance d'une coopération commerciale et de relations d'investissement accrues et sur le renforcement de la présence politique et économique de l'UE ;

- les références aux forêts, aux ressources naturelles, aux populations autochtones et aux communautés locales ont été laissées de côté. C'est une différence notable avec le règlement en vigueur, qui réserve 10 % des fonds aux dépenses en relation avec l'environnement en général et la protection des forêts tropicales en particulier.

 

De manière générale , il semble que la nouvelle réglementation fasse sien le crédo de l'intégration des pays en voie de développement dans l'économie de marché comme principale solution à la réduction de la pauvreté et que les intérêts de l'UE en matière de défense et de sécurité priment au-dessus de toute autre considération. Par contre, le principe fondamental selon lequel un environnement sain et l'équité sociale sont deux conditions élémentaires pour qu'une économie de marché participe au développement durable est malheureusement absent de la proposition.

 

La proposition de la Commission doit être approuvée dans le cadre de la procédure de codécision : elle doit donc encore passer devant le Parlement européen, seule institution de l'UE démocratiquement élue, et le Conseil, qui est en quelque sorte le bras législatif de l'Union.

 

Au stade actuel, la proposition est examinée par le Parlement européen et un député est chargé de faire un rapport lors d'une session plénière (date non encore précisée). Lors d'une audition au Parlement le 19 février 2003, une vaste coalition d'ONG, dont FERN, a interpellé l'UE afin qu'elle veille à ce que la nouvelle réglementation renforce plutôt qu'elle ne déforce la participation de l'UE au combat contre la pauvreté et pour le développement durable des pays d'Asie et d'Amérique latine. La coalition a aussi réclamé que l'affectation de l'aide soit clairement subordonnée à des objectifs minimum en termes de satisfaction des besoins de base des personnes vivant dans la pauvreté (35 %) et de protection des moyens de subsistance et de l'environnement des communautés locales et des populations autochtones (10 %). Avec d'autres organisations, FERN fera pression auprès des europarlementaires pour que les forêts et les populations des forêts soient dûment  prises en considération dans le nouveau cadre juridique de l'aide communautaire aux pays ALA.

 

SOURCES D'INFORMATION SUPPLÉMENTAIRES

Proposition de règlement ALA : http://europa.eu.int/eur-lex/en/com/pdf/2002/com2002_0340en01.pdf

Règlement ALA en vigueur : http://europa.eu.int/eur-lex/en/lif/reg/en_register_11702030.html

Commentaires coordonnés des ONG : http://www.fern.org/pubs/ngostats/ala.pdf

 

 

4. Plan d'action de l'UE contre l'abattage illégal

 

Tant que l'abattage illégal et le commerce des produits qui en sont issus se poursuivent, tout espoir de maîtriser la déforestation et la dégradation des forêts est vain. Pour que leurs louables initiatives de promotion d'une gestion durable des forêts aient la moindre chance de succès, les États membres doivent mettre un terme à l'afflux de bois d'origine illégale dans l'UE. La Commission européenne s'attache actuellement à élaborer un plan d'action de l'Union européenne contre le déboisement illégal et le commerce du bois et des produits forestiers d'origine illégale.

 

Le plan d'action intégrera la proposition d'un système de licence reposant sur des accords volontaires entre l'UE et les pays partenaires souhaitant lutter contre l'abattage illégal. Les pays signataires de tels accords octroieraient un permis attestant de l'origine légale des produits du bois exportés vers l'UE. L'accord inclurait une procédure de licence pour le bois et les produits du bois d'origine légale ainsi que des mécanismes indépendants de vérification tels des systèmes techniques d'identification et de traçage des produits du lieu de coupe au marché de destination.

 

La conception d'un système volontaire de licence au titre du plan d'action de l'UE est un premier pas de l'UE et des pays partenaires dans la lutte contre le commerce du bois abattu illégalement. Pour autant, le plan d'action ne s'attaque pas au fond du problème, à savoir l'interdiction pure et simple de l'importation de bois et de produits du bois d'origine illégale dans l'UE vu qu'il ne donne ni aux douanes ni aux autorités policières et judiciaires la base juridique qui leur permettrait de saisir les importations de ce type, quelle que soit leur origine. Une telle mesure requerrait l'adoption d'une nouvelle législation européenne.

 

Voilà des années que les ONG expliquent que l'abattage illégal n'est pas qu'un problème d'environnement mais bien une question transversale dont les implications concernent la démocratie, les droits de l'Homme, le commerce équitable, les droits fonciers et l'accès à la justice. Le déboisement illégal doit être attaqué dans les pays producteurs et consommateurs : que les pays européens se limitent à allouer des fonds de l'aide au développement à la lutte contre l'abattage illégal dans les pays producteurs ne suffit pas. Les pays consommateurs doivent assumer leur responsabilité et arrêter le « blanchissement » des produits du bois d'origine illégale. C'est faisable à condition qu'ils s'accordent pour fournir une base juridique à l'interdiction des importations de produits forestiers d'origine illégale. Les ONG européennes mènent une action de sensibilisation sur ce point auprès des États membres de l'Union européenne afin que celle-ci assume sa part de responsabilité dans le commerce et la consommation de bois et de produits du bois illégaux. Cela fournira un stimulantincitant et un signal de soutien bien nécessaires aux pays producteurs engagés dans une politique de réduction des pratiques d'abattage illégal.

 

 

SOURCES D'INFORMATION SUPPLÉMENTAIRES

 

Déclaration des ONG : Illegal logging and the global trade in illegally sourced timber: a crime against forest peoples, http://www.fern.org/pubs/ngostats/logging.pdf

Rapport : Controlling imports of illegal timber: Options for Europe. Document d'orientations politiques qui propose une analyse exhaustive et des recommandations aux États membres et à la Commission européenne, http://www.fern.org/pubs/reports/options.pdf

 

5. Entrée en vigueur de l'Accord de Cotonou

Près de trois ans après sa signature, le 23 juin 2000, l'Accord de Cotonou est entré en vigueur le 1er avril 2003. Succédant à la Convention de Lomé, cet accord de partenariat fixe le cadre juridique de l'aide et des relations commerciales entre la CE et 77 États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique pour les 20 années à venir. L'Accord était pour partie mis en œuvre à titre provisoire depuis août 2000, mais un volet important, celui touchant aux dispositions de la mise en œuvre financière de l'Accord, était suspendu à une ratification par les quinze États membres de l'Union. C'est chose faite.

Le partenariat vise à rendre la coopération ACP-UE plus productive et établit les responsabilités réciproques des parties concernées. L'Accord repose sur trois volets interdépendants : dialogue politique, relations commerciales et investissements, et aide. Il est le fondement d'un partenariat global de longue durée (20 ans). L'Accord traite aussi explicitement de la corruption, fixe un cadre pour le traitement de la question des migrations et intègre la consultation de la société civile dans les réformes et politiques bénéficiant du soutien de l'UE.

L'accord de Cotonou représente 13,5 milliards EUR pour les cinq années à venir, auxquels il convient d'ajouter les soldes non engagés de budgets d'aide communautaire antérieurs pour un montant de 2,5 milliards EUR, soit un total de 16 milliards EUR. Ces ressources seront allouées sur la base des 74 programmes indicatifs et documents de stratégie par pays déjà approuvés (cf. les deux premiers articles de ce numéro) et prêts à être mis en oeuvre. En vertu du principe de l'appropriation, selon lequel la politique de développement propre à un pays partenaire fournit le cadre de référence de l'aide et de la coopération, ces documents de stratégie ont été préparés au niveau des États et des régions, en coopération avec les pays partenaires et la Commission européenne, après consultation des États membres de l'UE, d'autres bailleurs de fonds et des acteurs non étatiques. La priorité est accordée au développement des capacités, ce que devrait refléter le soutien de ce type de mesures pour les institutions étatiques et les acteurs non étatiques.

 

Les dispositions de l'Accord autorisent une certaine souplesse grâce aux réexamens annuels et à mi-parcours et à la mise en réserve d'une enveloppe pour les besoins imprévus, deux mécanismes qui rendent possible la (ré-)affectation des ressources s'il y a lieu.

SOURCES D'INFORMATION SUPPLÉMENTAIRES

Accord de Cotonou : http://europa.eu.int/comm/development/development_old/cotonou/index_en.htm

Infokit Cotonou (en français) : www.ecdpm.org, sous la section Publications

Note : Civil society participation and the Cotonou Agreement : , www.aprodev.net sous la section Publications

 

Nouvelles du monde

 

6. Une société mise à l'amende pour le commerce de bois d'origine illégale


La justice britannique a confirmé la décision des douanes de ce pays d'imposer une amende à une société pour l'importation illicite de ramin, une espèce protégée par la CITES. Le bois, d'une valeur de 130 000 livres sterling, avait été saisi l'an dernier lors de son importation sous une dénomination différente. Arquadia Ltd, la société incriminée, a plaidé coupable et a été condamnée à une amende. Tant que l'UE n'adoptera pas une nouvelle réglementation interdisant l'importation de bois d'origine illégale, la CITES reste le principal instrument juridique utilisé par les autorités policières et judiciaires pour poursuivre la criminalité forestière.

 

SOURCES D'INFORMATION SUPPLÉMENTAIRES

 

Document de l'EIA et Telapak : Illegal logging and the international trade in illegally sourced timber: How CITES can help and why it should. Disponible à l'adresse www.eia-international.org, sous la section forest campaign, publication.

 

7. Les inquiétudes des ONG africaines à l'égard du Partenariat pour la forêt du bassin du Congo

 

Seize ONG d'Afrique centrale ont publié une lettre ouverte qui critique durement l'initiative Partenariat pour la forêt du bassin du Congo. Ces ONG, engagées dans la défense du développement, des droits de l'homme et de l'environnement dans cinq pays, craignent que l'initiative, emmenée par les États-Unis, ne néglige les intérêts locaux et ne ferme l'œil sur les déboiseurs illégaux.

 

Le Partenariat pour la forêt du bassin du Congo, lancé en août 2002 à l'occasion du Sommet de la Terre à Johannesburg, vise à soutenir le développement d'un réseau de parcs nationaux et de zones protégées, à encourager la gestion durable de concessions forestières et à créer des opportunités économiques pour les populations tributaires de la forêt. Les principaux partenaires de l'initiative sont les pays du bassin du Congo, les États-Unis, cinq donateurs de l'UE (Allemagne, Belgique, France, Royaume-Uni et la Commission européenne), la Banque mondiale, le WWF, l'American Forest and Paper Association, l'Association technique des bois tropicaux ainsi que les associations Conservation International et Wildlife Conservation Society. La contribution états-unienne s'élèvera à 53 millions USD sur 3 ans (2002-2005), l'UE ayant pour sa part alloué 42 millions EUR  à l'initiative. Actuellement, le partenariat ressemble plus à un forum où les donateurs échangent des informations et discutent de leurs activités dans la région qu'à un cadre et à un programme d'action communs.

 

Dans leur lettre, les ONG centrafricaines soulignent l'absence de toute participation de la société civile du bassin congolais au Partenariat et leurs difficultés d'accès à l'information. En outre, certains des partenaires de l'initiative ont contribué au pillage des ressources forestières du bassin du Congo, quand ils ne participent pas aujourd'hui encore à des coupes illégales. Leur association au Partenariat n'est même pas mise en balance avec leur volonté de modifier leur vision et leurs pratiques.

 

Les ONG constatent que les forêts de la région ont été soumises à une exploitation intense et souvent illégale, qui a contribué à la déforestation et à la dégradation des forêts, à l'accroissement de la pauvreté et à violer les droits des populations tributaires des forêts. Dans leur lettre, elles demandent que des informations sur les moyens de prendre ces questions en considération soient accessibles et proposent qu'avant de démarrer ses activités, le Partenariat commence par mettre fin aux abattages massifs dans les pays du bassin du Congo. Les ONG réclament aussi qu'aucune société reconnue coupable d'abattage illégal ne puisse bénéficier de fonds du Partenariat et pressent l'initiative de soutenir un accès accru ?? à l’information ??, la participation de l'opinion publique et l'application du droit pour les abattages illégaux.

 

ONG signataires :

Cameroun : CED, CIAD, BUBINGA, IRFF, PLANET-SURVEY, FAGAPECAM

Congo Brazzaville : OCDH, CCOCE, CLONG , CJP

République centrafricaine : OCDN/RAAF

République démocratique du Congo : RAPY, GTF/CRONGO, Héritiers de la justice

Gabon : Brainforest, EDEN

 

 

8. Deux projets forestiers financés par la Commission européenne au Gabon

 

La Commission européenne a annoncé qu'elle financerait deux nouveaux projets forestiers en Afrique centrale. Les deux projets, contresignés par le ministre gabonais à la planification et à la programmation du développement, bénéficieront d'un financement de 6,1 millions EUR durant les quatre années à venir au titre de la ligne budgétaire Environnement et Forêt de la Commission.

 

Le financement le plus important (4,41 millions EUR) ira à un projet de formation à la protection des forêts tropicales du bassin du Congo. Le projet renforcera les capacités de deux institutions – l'ENEF au Gabon et l'ERAIFT en République démocratique du Congo – qui dispensent des formations à la gestion des ressources naturelles et apportera son soutien au réseau des instituts de formation à l'environnement et à la foresterie en Afrique centrale.

 

Le deuxième projet (1,7 millions EUR) concerne la protection de la biodiversité et, en particulier, des espèces animales de l'Afrique centrale. Il se concentrera aussi sur le développement de formes adéquates d'écotourisme. Les revenus du tourisme seront affectés à la couverture des frais d'exploitation de zones protégées et devraient contribuer à améliorer les conditions de vie des communautés locales.

 

 

9. Des microfinancements pour les communautés forestières en Asie

 

Il est bien connu que, toutes proportions gardées, la contribution des projets de microfinancement à la conservation et à la gestion durable des forêts tropicales est souvent supérieure à celle des gros projets. Les bénéfices de ces microprojets pour la population locale sont souvent plus élevés. En dépit de leurs avantages, ils bénéficient rarement du soutien des grands donateurs du fait qu'ils sont plus coûteux et plus difficiles à gérer. Cette approche ‘gros projets’ s'appliquait aussi aux projets soutenus au titre de la ligne budgétaire de la CE pour les forêts tropicales

C'est dans ce contexte qu'en 1997, FERN a lancé avec treize ONG européennes une campagne visant à créer un fonds de microfinancements au titre de la ligne budgétaire susmentionnée. La campagne mettait en évidence le besoin de financements pour les ONG et les OPA (organisations de populations autochtones) luttant quotidiennement pour la bonne gestion et la préservation des forêts dans les pays tropicaux. En raison de la nature de leurs activités, les besoins de financement de ces organisations concernent des montants limités mais rapidement mobilisables.

 

Après plusieurs années et l'examen par divers consultants commandités par la Commission européenne, le lobby des ONG a obtenu gain de cause. Depuis janvier 2003, un programme de microfinancements pour les activités de promotion des forêts tropicales (Small Grants Programme for Operations to Promote Tropical Forests ou SGP PTF) en Asie est opérationnel. Le programme, financé par la Commission européenne, est mis en œuvre par le Programme des Nations unies pour le développement. Le principal objectif du programme est de donner accès aux organisations de la société civile d'un pays à des microfinancements (de 20 000 à 200 000 EUR) pour la mise en œuvre de microprojets encourageant une utilisation durable des ressources forestières par les parties prenantes locales.

 

Le programme, d'une durée de cinq ans, bénéficie d'une dotation de 15 132 500 EUR au titre de la ligne budgétaire « Forêt tropicale » de la CE. Les pays éligibles au financement sont, dans un premier temps, le Pakistan, les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam. Le programme sera ensuite élargi au Cambodge, à l'Indonésie, au Laos, à la Malaisie et au Sri Lanka.

 

La gestion du programme est largement décentralisée (procédure décisionnelle nationale, comité de pilotage et coordinateur nationaux). Dans le cadre régional du programme, les comités de pilotage nationaux ont élaboré un document de lignes directrices pour leur pays ainsi qu'un appel depropositions nationales qui sera publié annuellement.

 

Pour d'avantage d'informations sur l'application du programme dans un pays et les modalités de candidature à un microfinancement dans ce pays, visitez le site web du programme à l'adresse http://www.sgpptf.org/home.asp.

 

10. Démêler l'écheveau européen : nouvelles publications et documents

 

EC Development Aid : nouvelle note sur les différents types d'aide de la CE et les politiques influençant leur affectation Sur le web : http://www.fern.org/pubs/briefs/aid2.pdf

 

EU Enlargement: note traitant de l'impact de l'adhésion de dix nouveaux États membres sur les politiques d'aide de l'UE. Considérant que la question de l'aide a été négligée dans le débat sur l'élargissement, le document met en avant l'impact négatif à court terme de cet élargissement sur l'importance et la qualité des programmes d'aide de l'UE et sur les possibilités de financement qui en découlent. Sur le web : http://www.bond.org.uk/eu/euenlargement.pdf .

 

EU Institutions : document d'orientation qui fournit des informations concises sur les grands concepts de l'UE. Le document contribue à démystifier quelque peu des concepts tels ceux de Communauté européenne et d'Union européenne, de Conseil, d'États membres, de COREPER, etc. Sur le web : http://www.bond.org.uk/guides/1euinstitutions.pdf

 

A guide to European Union Funding for NGOs : votre fil d'Ariane dans le labyrinthe européen. Pour plus d'informations ou pour commander ce document, visitez le site http://www.ecas.org.

 

 

11. La Plateforme Forêts–Communauté européenne en bref

 

En juillet 2002, FERN a lancé la Plateforme Forêts–Communauté européenne (CE). L'objectif de cette plateforme est de veiller à ce que la coopération au développement de la CE (10 % de l'aide publique mondiale au développement) ait un impact positif pour les forêts et les populations des forêts. Ses principaux objectifs sont :

 

·        offrir un canal de communication aux ONG et aux populations des forêts qui souhaitent faire entendre leur voix auprès de la Communauté européenne ;

·        débattre de l'impact des projets et politiques communautaires d'aide sur les forêts et les populations des forêts ;

·        fournir aux décideurs de la CE des informations du terrain sur les forêts et les populations des forêts ;

·        promouvoir le renforcement de la coopération et du dialogue entre les ONG de la CE et du Sud, les organisations des communautés locales et les organisations des populations autochtones.

 

Les activités de la Plateforme doivent contribuer à améliorer la mise en œuvre des engagements pris par la Commission européenne en matière de coopération au développement, d'intégration de la question environnementale et de reconnaissance de la société civile comme un partenaire actif. Les échanges entre les ONG environnementales européennes et les ONG du Sud doivent faciliter la sensibilisation des premières aux problèmes de développement des populations du Sud.

 

Pour plus d'informations ou pour coopérer à la Plateforme Forêts–Communauté européenne, visitez notre site web (www.fern.org/pages/aid/platform.htm) ou envoyez un courrier électronique à Bérénice Muraille, coordinatrice de la Plateforme, à l'adresse berenice@fern.org.