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Que sont les puits de carbone?

9 septiembre 2014

Un puits de carbone est un élément qui absorbe plus de carbone qu’il n’en rejette, tandis qu’une source d’émission de carbone est un élément qui rejette plus de carbone qu’il n’en absorbe. Les forêts, les sols, les océans et l’atmosphère emmagasinent tous du carbone, qui circule continuellement entre ces divers éléments. Ce mouvement permanent du carbone signifie que les forêts peuvent tour à tour agir comme des sources ou comme des puits.

Ces fluctuations n’affectent cependant pas tous les stocks de carbone. Dans le contexte du changement climatique, les stocks de carbone les plus importants sont les gisements de combustibles fossiles, car eux seuls ont l’avantage d’être enterrés profondément sous terre et naturellement isolés du cycle du carbone dans l’atmosphère. Mais l’homme met fin à cette séparation lorsqu’il brûle le charbon, le pétrole et le gaz naturel, transformant ainsi les stocks de carbone fossile en carbone atmosphérique. Cette libération de carbone émanant des combustibles fossiles a entraîné une hausse considérable des concentrations de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère, dont le niveau a progressé de plus de 30 pour cent par rapport à ce qu’il était au début de la révolution industrielle. Nous continuons à ajouter environ 6 milliards de tonnes de carbone par an au cycle du carbone atmosphérique, modifiant ainsi significativement les flux de carbone, et par conséquent, le climat mondial.

Face à cette augmentation de carbone atmosphérique, de nombreux espoirs ont été placés sur la capacité des arbres, d’autres plantes et du sol à absorber temporairement le carbone libéré dans l’atmosphère par la combustion du carbone fossile. Le Protocole de Kyoto, principal instrument de la communauté internationale visant à stopper le réchauffement climatique, suggère en effet que l’absorption du dioxyde de carbone par les arbres et le sol constitue un moyen d’atteindre les objectifs de réduction des émissions tout aussi valable que de diminuer les émissions de dioxyde de carbone émanant des combustibles fossiles.

 

La faille fatale des puits de carbone

FERN est en total désaccord avec l’idée que planter des arbres ou réduire le déboisement est tout aussi efficace que de diminuer les émissions émanant de la combustion du carbone fossile. Cette idée ne tient pas compte de certains faits pourtant importants :

  • Il est généralement admis qu’il est nécessaire de mettre fin aux émissions de combustibles fossiles, en particulier dans les pays industrialisés. Or, au lieu de faire en sorte de réduire considérablement l’utilisation des énergies et d’entamer une transition vers des économies peu consommatrices de carbone, on utilise la capacité des forêts à (temporairement) absorber le carbone pour justifier l’utilisation des combustibles fossiles. Les sociétés dont les émissions ont été plafonnées dépassent les limites imposées sous prétexte que leurs excès sont compensés par les puits de carbone. Ces derniers servent donc à justifier une émission qui autrement n’aurait pas eu lieu, contribuant ainsi à accroître encore davantage les concentrations de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale.  
  • Il existe différents types de carbone. Le carbone fossile est généralement statique, tandis que celui qui se trouve dans le réservoir de carbone actif (l’atmosphère et la biosphère) peut facilement être libéré par des activités échappant au contrôle des gouvernements comme les incendies de forêts, les invasions d’insectes, la décomposition, l’abattage des arbres, les modifications concernant l’utilisation des sols ou même le déclin des écosystèmes forestiers dû au changement climatique. Stocker son carbone dans un arbre au lieu de le laisser dans un gisement de combustible fossile est un peu comme miser son argent sur un cheval plutôt que de le conserver à la banque.  
  • Le boisement, en particulier dans les régions de la toundra arctique, pourrait accélérer le réchauffement climatique. Le changement climatique devrait faire reculer les limites de la forêt boréale du Canada plus au nord et les forêts boréales devraient s’étendre sur les parties sud de la toundra. Bien que cela signifie que les arbres, au fur et à mesure de leur croissance, absorberont le carbone présent dans l’atmosphère, cela n’est pas forcément bon pour le climat : l’un des principaux facteurs influençant le climat mondial est l’« albédo », une méthode utilisée pour déterminer la quantité de rayonnement solaire réfléchie dans l’espace par la planète et la quantité de ce rayonnement qui réchauffe la surface de la Terre. Les forêts vertes et sombres absorbent davantage de rayons que la toundra ou les terres cultivées ; la tendance au réchauffement serait donc accentuée dans les régions boréales si des arbres étaient plantés sur les vastes surfaces non forestières actuellement recouvertes de neige au fort pouvoir réfléchissant.  
  • Il est impossible de mesurer précisément l’effet « puits » d’une forêt (les arbres absorbent différentes quantités de carbone en fonction du temps et l’on en sait très peu sur le mouvement du carbone dans les sols forestiers).

 

Les effets néfastes des compensations des émissions sur les populations forestières

Outre les défauts majeurs du concept des puits de carbone d’un point de vue scientifique, l’analyse de FERN a démontré que de nombreux projets de plantation d’arbres destinés à compenser les émissions ont eu, et ont toujours, de graves impacts sur les forêts et sur les populations qui en dépendent :

  • Le Protocole de Kyoto ne fait aucune distinction entre les forêts et les plantations, ce qui signifie qu’une grande partie des projets de compensation des émissions par le boisement et le reboisement aboutiront à des plantations d’arbres à grande échelle. Le premier projet de puits de carbone ayant cherché à être reconnu par le Mécanisme pour un développement propre (MDP) du Protocole de Kyoto a été une plantation du Brésil.  
  • De nombreux projets de compensation des émissions par des forêts sont, ou seront, situés sur des terres où les droits des populations forestières sur l’utilisation coutumière des terres n’ont pas été reconnus ou ont été bafoués (voir le rapport (en anglais) intitulé Forests of Fear). Le Protocole de Kyoto ne peut espérer améliorer cette situation car il n’inclut aucune référence aux droits des populations indigènes ou des habitants des forêts.  
  • Les terres destinées aux projets de puits de carbone font l’objet d’accords contractuels qui immobilisent ces terres pendant plusieurs années, souvent même plusieurs décennies, ce qui signifie que ces projets accaparent les meilleures terres afin de générer des droits d’émission qui permettent aux pays et aux industries les plus polluants de continuer à polluer au détriment des besoins des communautés forestières dans les pays du Sud.

Pour plus d’informations sur ces questions, consulter le REDD-Monitor.

Categorías: Clima, Carbon Trading

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