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Il est possible de sauver les forêts du Cameroun – mais seulement avec le soutien des communautés locales et des militants

25 octobre 2021

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Il est possible de sauver les forêts du Cameroun – mais seulement avec le soutien des communautés locales et des militants

Des forêts tropicales luxuriantes recouvrent environ 40 % du territoire du Cameroun, et pourtant, depuis 1990, plus de trois millions d’hectares ont été déboisés – une superficie équivalant à celle de la Belgique. Ce sont l’agriculture, l’exploitation forestière et les activités minières qui sont à l’origine de la destruction des forêts et, par ricochet, de la perte de moyens de subsistance pour de nombreuses populations locales

Les populations protègent les forêts…

Mais les communautés locales ripostent et, dans certains cas, obtiennent gain de cause. En moins d’un an, leur résistance a permis d’éviter la destruction d’environ 300 000 hectares de forêts – soit 28 fois la superficie de Paris. La mobilisation des populations locales et d’organisations écologiques, de défense des droits et de promotion du développement rural a conduit à l’annulation de trois titres de concession, qui avaient été attribués illégalement à des entreprises pour la production agro-industrielle de cacao, d’huile de palme et de caoutchouc.

L’une de ces victoires a été remportée dans la forêt d’Ebo, une forêt qui joue un rôle essentiel dans la vie des communautés locales, et qui abrite les célèbres chimpanzés qui déterrent des termites à l’aide de bâtons et cassent des noix avec des cailloux. L’État avait destiné 120 000 hectares à l’exploitation agro-industrielle, mais les populations locales se sont mobilisées contre ce projet et sont parvenues à le faire annuler. Une autre victoire a été engrangée dans la Vallée du Ntem, où les populations locales – dont de petits producteurs de cacao – se sont opposées à l’attribution de leurs terres coutumières à une entreprise de production industrielle de cacao. Le Premier ministre a finalement décidé d’annuler le décret.

Le prochain grand combat sera mené près du parc national de Campo-Ma’an, où une procédure douteuse a abouti au déclassement de 60 000 hectares de forêts et à leur attribution à CamVert, une nouvelle entreprise dans le secteur de la production d’huile de palme. Ce projet menace les moyens de subsistance des populations locales, il va à l’encontre des engagements pris par le Cameroun dans les domaines du climat et de la conservation, et il présente des risques de contamination des eaux de surface et des eaux souterraines. Les communautés locales obtiendront-elles une nouvelle fois gain de cause ?

… et les populations sont soutenues par la société civile

Ces victoires constituent de véritables prouesses et témoignent non seulement de la détermination des communautés locales, mais aussi de la force et du pouvoir de la société civile au Cameroun. Expertise juridique, travaux de recherche approfondis et plaidoyer habile font partie de la stratégie adoptée par les acteurs de la société civile pour défendre le droit des populations à préserver les forêts.

Cela fait près de 25 ans que la société civile se développe au Cameroun, et elle a atteint une masse critique puissante, l’une des plus fortes de la région. Cette évolution résulte partiellement du processus de l’accord de partenariat volontaire (APV) conclu dans le cadre du Plan d’action de l’UE relatif à l’application des réglementations forestières, à la gouvernance et aux échanges commerciaux (FLEGT), qui est en cours au Cameroun depuis plus de dix ans et a permis à la société civile de participer à un mécanisme international et de renforcer ses relations avec les pouvoirs publics.

Le processus délibératif de l’APV, mis en place pour lutter contre l’exploitation forestière illégale, a favorisé l’instauration d’un espace de dialogue entre les différentes parties prenantes. Il a donné aux acteurs de la société civile l’occasion non seulement de s’asseoir à la table des négociations, mais aussi de pouvoir soulever des questions clés, telles que leur participation significative au processus, la transparence et la nécessité de réformer la législation.

Les forêts camerounaises récoltent aujourd’hui les fruits d’années d’efforts déployés pour améliorer la gouvernance, mais ce n’est pas le moment d’abandonner.

Justin Kamga, de Forêts et développement rural (FODER), explique quelles devront être les prochaines étapes : « Pour faire avancer l’APV FLEGT, il faudrait que les ministères, selon leurs compétences, s’impliquent véritablement dans le processus, qu’il s’agisse du ministère des Finances pour la fiscalité forestière, du ministère du Commerce pour la gestion des demandes de licences FLEGT introduites par les entreprises, du ministère de l’Environnement pour l’incidence des activités forestières, ou encore du ministère du Travail et de la Sécurité sociale. »

Le processus de l’APV FLEGT au Cameroun, autrefois dynamique, est en crise depuis des années. Décontenancée par les mésententes, la société civile « essaie de comprendre les enjeux sous-jacents, afin de pouvoir formuler des propositions et calmer le jeu grâce à la consultation des parties prenantes », explique Aristide Chacgom, de Green Development Advocates.

FLEGT recèle également des enseignements pour les autres initiatives que mène l’UE contre la déforestation. Pour atteindre leurs objectifs, ces initiatives doivent appuyer la société civile, qui joue un rôle majeur en freinant les activités des entreprises et en demandant des comptes au gouvernement.

Pour faire valoir cette position, plusieurs ONG camerounaises ont récemment signé une déclaration sur la manière de renforcer le rôle de l’UE en faveur de la biodiversité et du climat. « Les améliorations et les enseignements tirés [peuvent éclairer] les futures mesures axées sur l’offre et les approches de partenariat visant à lutter contre la déforestation, la dégradation des forêts, la destruction d’autres écosystèmes et de la biodiversité, et les violations des droits de l’homme. » Dans la perspective de la publication, dans quelques semaines, du règlement de l’UE visant à assurer des chaînes d’approvisionnement sans déforestation, il est essentiel que l’UE écoute la voix des acteurs de terrain.

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But if Cameroon’s forests are reaping the rewards of years of efforts to improve governance, then now is not the time to give up, argues civil society in Cameroon.

Justin Kamga, Forêts et développement rural (FODER) explains what needs to happen next, “To move the FLEGT-VPA forward, there should be real involvement of the Ministries according to their interests, whether it is the Ministry of Finance for forest taxation, the Ministry of Trade that manages the company applying for a FLEGT license, the Ministry in charge of the environment concerning impact of forestry activities, or the Ministry of Labour and Social Security.”

The FLEGT VPA process in Cameroon, once vibrant, has been in crisis for years. Taken aback by the level of disagreement, civil society “is trying to understand the deeper issues at stake so that it can put forward proposals and calm the atmosphere through stakeholder consultation,” explains Aristide Chacgom of Green Development Advocates.

FLEGT also offers lessons for other EU efforts to stem deforestation. If they are going to be successful, they must support civil society, which plays a major role in stalling companies and holding the government to account.

To make this point, several Cameroonian NGOs signed a recent statement on how to strengthen the EU’s biodiversity and climate leadership. “VPAs’ gains and lessons learned can inform future supply-side measures and partnership approaches on deforestation, forest degradation, the destruction of other ecosystems and biodiversity, and human rights abuses.” In the final weeks before the EU Zero Deforestation Supply Chains Regulation comes out, it is critical the EU listens to these voices on the ground.


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Catégories: Sustainable Supply Chains, Forest Governance, Cameroon

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