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Le règlement européen sur la déforestation ne doit pas mettre en péril les moyens de subsistance des producteurs de café vietnamiens

15 décembre 2022

Written by: Vu Thi Bich Hop

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Le règlement européen sur la déforestation ne doit pas mettre en péril les moyens de subsistance des producteurs de café vietnamiens

Au Vietnam, les moyens d’existence déjà précaires des petits producteurs de café ne doivent pas être davantage mis à mal par le Règlement de l’UE sur la déforestation, a déclaré Mme Vu Thi Bich Hop, directrice du Center for Sustainable Rural Development (SRD)

De toute évidence, la société civile du Vietnam et tous ceux qui travaillent depuis des années pour protéger les forêts de notre pays seraient globalement favorables à un Règlement de l’UE sur les produits « zéro déforestation » (EUDR). Encore faut-il qu'ils en aient connaissance. 

La société civile apporterait son soutien au EUDR parce qu’il renforce le devoir de vigilance en matière de déforestation sur lequel nous travaillons par l’intermédiaire de l’Accord de Partenariat Volontaire (APV) sur les produits ligneux, accord commercial signé en 2018 par le Vietnam et l’UE. L’accord s’étendrait au café, au caoutchouc et aux autres produits responsables de la déforestation.

Le gouvernement du Vietnam, tel que je le comprends, est également favorable au EUDR de manière générale.

Or, un certain nombre de problématiques entourant ce dernier doivent être traitées.

Il s’agit principalement du fait que les autorités et les populations qui seront impactées par l’EUDR, n’ont en grande majorité pas connaissance de ce dernier. De notre point de vue, il apparaît que l’UE n’a pas pris le temps d’organiser des consultations en bonne et due forme avec les pays producteurs.

Nous sommes particulièrement préoccupés par les conséquences potentielles du Règlement sur les petits producteurs et les communautés qui dépendent des forêts.

Les groupes avec lesquels nous travaillons sont constitués de communautés vulnérables telles que des minorités ethniques, des femmes et des enfants qui vivent à proximité des forêts. Les producteurs de café issus des minorités au nord-ouest du Vietnam faisant partie des rares personnes ayant eu connaissance du EUDR, nous ont fait part de leurs inquiétudes. Leur principale crainte réside dans le fait que ni eux ni les autorités locales ne savent ce que le Règlement implique.

Dans ces régions, les producteurs empiètent progressivement sur les forêts parce qu’ils reçoivent des parcelles forestières qu’ils convertissent en plantations de café : par conséquent nos forêts situées dans ces régions ainsi que leur biodiversité disparaissent peu à peu, ce qui aggrave le changement climatique, réduit les ressources en eau et engendre d’autres impacts négatifs.

Éveiller les consciences

C’est pourquoi nous devons fournir aux producteurs et organismes locaux un renforcement des capacités afin de les sensibiliser à ces questions. Il faut savoir que les gardes-forestiers ne sont pas non plus au courant des exigences de l’EUDR. Ils sont conscients des problématiques liées à l’eau et à la déforestation, mais compte tenu de la grande pauvreté des petits producteurs issus de minorité ethnique, la priorité est donc donnée aux opportunités permettant à ces derniers d’augmenter leurs revenus et leurs moyens d’existence.

Au Vietnam, les petits producteurs travaillent très dur. Leurs tâches sont très physiques et les obligent à se déplacer à pied sur des terrains pentus en portant sur leurs épaules le matériel, l’engrais, la nourriture et l’eau dont ils ont besoin. Ils gagnent pourtant très peu d’argent.

La chaîne d’approvisionnement du café au Vietnam dépend principalement des petits producteurs situés notamment au nord-ouest du pays.

Le plus grand problème, c’est que les producteurs ne connaissent pas les chaînes d’approvisionnement qu’ils alimentent. Bien souvent, ils ne connaissent même pas le prix du café.

Quand on leur a demandé où vont les grains de café qu’ils produisent et quelles sont les entreprises qui les achètent, ils nous ont répondu qu’ils savent simplement qu’un négociant intermédiaire au village fixe les prix sur lesquels, eux, n’ont aucun contrôle. C’est ainsi que cela fonctionne.

Dans chaque village se trouve souvent un intermédiaire. Il y en d’autres au niveau local, du district, etc. Alors seulement, le conditionnement et la vente du produit ont lieu. Cela montre à quel point la chaîne d’approvisionnement du café du Vietnam est longue, complexe et fragmentée.

À ce jour, nous n'avons pas été en mesure d’analyser la totalité de la chaîne d’approvisionnement, mais grâce au travail que nous avons mené directement avec les communautés de producteurs, nous savons que leurs marges sont très faibles tandis que celles des négociants sont plus élevées.

C’est pourquoi nous devons engager des discussions avec les autres parties prenantes liées à la chaîne d’approvisionnement.

Nous devons veiller à ce que les producteurs mais aussi les autres acteurs concernés, prennent connaissance du Règlement.

À titre d’exemple, la VICOFA (Vietnam Coffee-Cocoa Association) n’est pas au courant de l’existence du EUDR. Ses membres disent qu’ils ont reçu un courriel de l’Europe mais qu’ils n’ont pas pu comprendre son contenu étant donné qu’ils ne parlent pas anglais. Hormis cela, ils donnent la priorité uniquement aux entreprises qui exportent du café.

C’est la raison pour laquelle nous avons besoin d’organiser des réunions entre les acteurs de la chaîne d’approvisionnement, et de mettre au point un mécanisme garantissant que les groupes avec lesquels nous travaillons puissent se conformer à toute exigence et bénéficier à terme d’une chaîne d’approvisionnement plus courte et plus équitable.

D’après nous, il apparaît que l’UE n’a pas pris le temps d’organiser des consultations en bonne et due forme avec les pays producteurs. Le manque de consultation avec les parties prenantes, notamment les petits producteurs, pourrait entraver la réalisation des objectifs du EUDR.

Pour commencer, nous voudrions vraiment obtenir un soutien financier et technique pour analyser la chaîne d’approvisionnement du nord-ouest du pays. Ce soutien nous aidera à évaluer l’impact potentiel du EUDR sur les petits producteurs. C’est à ce moment-là seulement que nous aurons une meilleure idée des conséquences positives (ou négatives) du Règlement sur les producteurs, et que nous pourrons formuler des suggestions sur les prochaines étapes à mettre en place dans notre pays.

Mécanismes complémentaires

Nous travaillons à la fois sur l’APV et l’Accord de libre-échange UE-Vietnam (EVFTA), mais aussi dorénavant sur l’EUDR.

J’estime que tous ces processus sont interconnectés. Ils ne devraient pas entrer en conflit les uns avec les autres mais, au contraire, être complémentaires. L’APV se concentre sur les produits ligneux, tandis que l’EUDR concerne plus généralement les produits « zéro déforestation ».

Le chapitre 13 de l’EVFTA se concentre sur les droits du travail et droits humains, la biodiversité et le changement climatique. L’EVFTA a par conséquent un champ d’action plus vaste, mais encore vague. Je pense que les exigences en matière de devoir de vigilance dans l’UEDR doivent être plus strictes. Il s’agit assurément d’une avancée positive et nous devons poursuivre notre travail sur ces trois mécanismes. Je suis certaine que l’APV se poursuivra, que des autorisations FLEGT seront délivrées au Vietnam et que l’EUDR sera également mis en application. Il le faut. Sur le marché européen, près de 40 % du café est importé du Vietnam.

Les APV du programme FLEGT doivent être considérés comme la pierre angulaire des consultations entre les différentes parties prenantes, à la fois lors des processus de négociation et des travaux préparatoires.

Mon message à l’UE ? Nous sommes favorables aux APV et au EUDR. Nous souhaitons que l’UE continue d’apporter son soutien au Vietnam et qu’elle accompagne les consultations entre les parties prenantes lors desquelles la société civile représentée par des petits producteurs, des communautés marginalisées, des minorités ethniques, des femmes et des enfants puisse avoir voix au chapitre.

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Catégories: Sustainable Supply Chains, Forest Governance, Forest Law Enforcement, Governance and Trade (FLEGT), Vietnam

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