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COVID-19 en République centrafricaine : la riposte de la société civile à la pandémie

2 octobre 2020

Written by: Jean-Louis Wallot, independent journalist

COVID-19 en République centrafricaine : la riposte de la société civile à la pandémie

L’Organisation Mondiale de Santé considère le système de santé centrafricain comme parmi les plus fragiles au monde, ce qui rend le pays particulièrement vulnérable face à la pandémie de la COVID-19. Des mesures sanitaires sont en place depuis mars 2020. Les services de santé centrafricains ont enregistré le 18 septembre 2020 un total de 4 782 cas de COVID-19, dont 2 830 guéris et 87 décès. Le comportement individuel inquiète aussi : une partie de la population est dans l’illusion de la sécurité alors qu’elle est très fragilisée par le mouvement transfrontalier entre les six pays limitrophes de la République centrafricaine (RCA) ; une forte paupérisation et les mouvements liés à la quête de ressources pour satisfaire les besoins du quotidien. 

L’État ayant du mal à remplir son rôle protecteur, la population s’appuie sur la société civile. 

Une société civile en première ligne 

Un nombre important d’organisations (OSC) provenant de divers secteurs (développement durable, politique, confessions religieuses, jeunesse et des femmes, voir liste ci-dessous) ont relevé le défi. Leurs actions portent sur des campagnes de communication et de sensibilisation sur les risques encourus ; la fourniture d’équipements médicaux et de protection, de médicaments essentiels, de kits de tests ainsi que l’accès de la population à l’eau et aux produits d’hygiène. 

« Nous entendons parler du Corona, mais les efforts pour la prévention sont insuffisants. Les villages de Bania ont reçu peu de kits d’hygiène et de masques », Ngabilo Sylvain, chef du village Dissa 1 à Bania 

Les OSC mènent des campagnes de sensibilisation et de distribution de kits d’hygiène auprès des populations ; à leur tour sensibilisées, celles-ci transmettent les informations auprès de leurs communautés. Sont ainsi organisées des formations aux gestes barrières et des remises de kits d’hygiène comprenant des seaux, du savon et des masques. 

Hand washing simulation session

Grâce à un financement du Global Green Grants Fund, GEN-RCA a coordonné des programmes d’information et de distribution de kits aux habitants, ciblant aussi les femmes musulmanes des villes de Dékoa et Kaga Bandoro et des villages alentour, ainsi qu’à Mbaïki dans la Lobaye. Avec l’appui de la PROPAC, la CNOPCAF intervient de manière similaire auprès des organisations paysannes. L’OFCA centre ses efforts de sensibilisation et de distribution de kits sur les populations autochtones de l’Ombella-Mpoko, de la Lobaye et des autres préfectures. 

« On n’entend pas en rester là, si tant soit peu on obtenait les financements nécessaires à ces actions. Il reste encore beaucoup à faire », Chantal Sékola, OFCA. 

Les réseaux d’OSC existants ont été mis à profit à travers un appui du gouvernement britannique et en collaboration avec Fern. Guy Julien Ndakouzou, coordonnateur adjoint de CIEDD et de la Plateforme GDRNE salue ce soutien qui a permis de réaliser une mission de sensibilisation sur la COVID-19 auprès des communautés locales et des populations autochtones dans la zone forestière du sud-ouest. Les communautés ont également pu bénéficier d’informations sur l’état de mise en œuvre de l’Accord de Partenariat Volontaire et la révision des contributions déterminées au niveau national

Pour tenter de mettre les populations vulnérables à l’abri, les efforts de coopération se multiplient. L’ONG GROUFEPA, avec Marguerite Touadera, a mis sur pied un espace de santé VIH/SIDA et COVID-19 pour la population de Boali ville, à travers un financement de la Fondation Orange et une entreprise privée. WWF a organisé un confinement volontaire et proposé une assistance alimentaire au bénéfice des populations autochtones de Bayanga qui sont déjà menacées par la pénétration des commerçants à la recherche de produits forestiers tels que le poivre sauvage, le gnetum riche en protéines et les chenilles. 

CNOPCAF, sur financement de la PROPAC, prépare l’avenir en réalisant une étude sur l’impact de la COVID-19 sur l’agriculture familiale qui est essentielle à la sécurité alimentaire en RCA. Damala Amadou, chargé de programme CNOPCAF, s’inquiète pour le milieu rural : « La COVID-19 est hyper inflammatoire et les individus sont en contact avec des gens de tous horizons, sans oublier que les animaux sont des vecteurs de transmission. Le risque de propagation étant permanent, il y a lieu d’effectuer un rappel constant tant le milieu rural est démuni, et il faut rappeler l’apport décisif des femmes rurales ». 

Le constat général est que les moyens financiers font défaut pour la mise en œuvre des activités et que souvent, les appels à financement n’aboutissent pas. Norma Guitinzia, coordonnatrice de GEN-RCA, souligne en outre que l’apport des OSC est considérable, et que leur soutien est très important, mais l’opacité des fonds disponibles fait blocage. 

Poster in Bayanga market

« Devrions-nous appartenir à un quelconque réseau pour bénéficier des fonds COVID-19 ? Nos dossiers demeurent sans suite, alors que nous remplissons tous les critères d’éligibilité. » 

On peut craindre aussi que ce manque de transparence n’attise les tensions entre communautés. Ainsi, un chef de village s’est plaint que toutes les aides vont aux administrés d’une autre ethnie de son voisinage. 

Quels impacts dans le secteur forestier ? 

Le bien-être des communautés riveraines des concessions forestières tient en partie à la gestion des bénéfices partagés. Les communautés vivant à proximité de la concession forestière de Centrabois, par exemple, ont réclamé des appuis du Gouvernement et des partenaires au développement tant pour combattre la COVID que pour des projets d’intérêt général. Certains membres de la GDRNE ont obtenu des financements partiels pour des projets, mais globalement les doléances des communautés locales et des populations autochtones (CLPA) restent lettre morte.  

Ce n’est pas un exemple isolé : en RCA, les CLPA ne touchent pas directement les bénéfices de l’exploitation forestière qui leur sont dus ; la ‘taxe d’abattage’ est versée à la commune qui doit l’investir dans des projets tenant compte des besoins des communautés. Dans la réalité, ces taxes ne sont pas utilisées conformément aux règles et elles sont détournées de leurs objectifs initiaux. 

Capacity building session on Covid 19 and collect the opinions of the Communities on CDNs, REDD + and VPA / FLEGT

S’agissant de la sécurité des équipes d’abattage, Alfred Sépamio, directeur régional des Eaux et Forêts, établit un classement des mesures prises par les huit entreprises forestières implantées dans les préfectures de la Sangha-Mbaéré et de la Mambéré-Kadéï face à la COVID-19 : « SEFCA respecte à 80 pour cent les mesures barrières, suivie par VICA, Thanry et STBCA. Certaines s’en soucient peu : le transport de l’équipe d’abattage peut compter 16 personnes. La distanciation n’est pas respectée. … Le manque de personnel ne permet pas d’atteindre les résultats escomptés en matière d’éducation et d’application des mesures. » 

Quant aux forêts elles-mêmes, le directeur régional atteste que  « la déforestation est freinée avec l’arrêt des abattages ». 

Les OSC apportent une contribution appréciable, au prix d’efforts considérables, mais en deçà des besoins du pays. Cependant, une stratégie nationale décentralisée est nécessaire afin d’assurer une réponse uniforme dans les 16 préfectures administratives de la RCA. La multitude des villages et autres agglomérations à desservir ne rend pas la tâche aisée. Les unités de production itinérantes d’oxygène et les respirateurs manquent et l’accès à la formation en technique de traçage des personnes de contact fait cruellement défaut. Une fois de plus, les OSC comptent sur la solidarité nationale et internationale et en appellent aux différents bailleurs, entreprises, organismes et institutions internationaux. 

Acronymes des organisations interviewées : 

ADIH : Association pour le Développement Intégral Humain 

APDS : Aires Protégées Dzanga-Sangha 

CIEDD : Centre pour l'Information Environnementale et le Développement Durable 

CNOPCAF : Concertation Nationale des Organisations Paysannes de Centrafrique 

Femme et Environnement BATA-GBAKO 

GDRNE : Gestion Durable des Ressources Naturelles et de l’Environnement 

GEN-RCA : Global Eco village Network-RCA 

GROUFEPA : Groupement des femmes agro-pastorales pour la lutte contre le SIDA 

Mossoro ti Kodro : Hebdomadaire d’informations, d’analyses économiques et de l’environnement 

OFCA : Organisation des Femmes de Centrafrique 

PROPAC : Plateforme Régionale des Organisations Paysannes d’Afrique Centrale 

REPALCA : Réseau des Populations Autochtones et Locales de Centrafrique 

Catégories: News, FLEGT, Central African Republic

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