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METTRE FIN À LA CORRUPTION, AMÉLIORER LA GOUVERNANCE FORESTIÈRE : POURQUOI CELA EST-IL IMPORTANT ?

11 décembre 2019

Written by: Marie-Ange Kalenga

METTRE FIN À LA CORRUPTION, AMÉLIORER LA GOUVERNANCE FORESTIÈRE : POURQUOI CELA EST-IL IMPORTANT ?

Les pays disposant de ressources naturelles abondantes souffrent souvent d’une corruption endémique et d’une faible redevabilité. Ces problèmes de gouvernance sont non seulement préjudiciables à la protection des forêts et de la nature, mais ils provoquent aussi la mort de défenseurs de l'environnement dans le monde entier. Pour atteindre véritablement nos objectifs climatiques et sur la biodiversité, la corruption est clairement l'hydre à laquelle il convient de s’attaquer. Voici de quelle manière.

Malgré une multitude de lois environnementales internationales et nationales, un long chemin reste à parcourir pour mettre fin à la destruction généralisée des écosystèmes, à la déforestation et lutter contre les effets du changement climatique. Les raisons sont claires : corruption systémique, faible application des lois, mauvaise coordination et coopération gouvernementale et veille citoyenne limitée.

Et les conséquences sont dramatiques : les assassinats de défenseurs de l'environnement ont doublé au cours des 15 dernières années pour atteindre des niveaux généralement associés aux zones de guerre, selon Nature Sustainability. Au moins 1558 personnes dans 50 États ont été tuées entre 2002 et 2017 alors qu'elles tentaient de protéger leurs terres, leurs ressources en eau ou la faune locale ; les meurtres de militants étant élevés dans les pays où la corruption est très présente et les lois plus faibles. Lorsque leur intégrité physique n'est pas menacée, les défenseurs de l’environnement sont l’objet d'intimidation, d'interdiction de voyager et ils finissent par pratiquer l’autocensure.

Les forêts sont particulièrement touchées. L'exploitation forestière illégale par des groupes criminels organisés est estimée entre 30 et 100 milliards de dollars par an, indiquent le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et INTERPOL. Le déboisement illégal pour satisfaire la demande croissante de produits agricoles et d’autres commodités prive les communautés forestières et les populations autochtones des ressources mêmes dont ils dépendent pour leur subsistance.

La corruption compromet également les efforts mondiaux pour faire face à la crise écologique actuelle. L'UE s'est engagée à montrer la voie en se dirigeant vers des modèles économiques durables et faibles en carbone et à aider les pays vulnérables à lui emboîter le pas. Par conséquent, il faut qu’elle affronte de toute urgence cette réalité difficile en aidant à mettre fin à la destruction des forêt, tant en son sein que dans le monde.

L'Afrique centrale abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde et d’importantes ressources naturelles notamment de l'eau, des minéraux, du pétrole et du bois. De nombreux pays de la région affichent de très mauvais résultats dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International. Certains font face à des crises prolongées, comme la République centrafricaine (RCA) et la République démocratique du Congo. D'autres, comme le Cameroun, le Gabon et la République du Congo sont confrontés à des tensions sociales et politiques récurrentes. Dans l’ensemble, le commerce illégal des ressources naturelles compromet le développement de la région, hypothéquant les efforts de lutte contre le changement climatique, la déforestation, la conservation de la faune sauvage et l’élimination de la pauvreté.

Dans ces pays boisés, les communautés locales et les populations autochtones sont particulièrement vulnérables à la corruption. La collusion entre des sociétés puissantes et l'administration forestière compromet leurs moyens de subsistance et dégradent leur environnement. Des fonctionnaires acceptant les pots-de-vin à la complicité douteuse du secteur privé et des institutions publiques sur les contrats opaques d'extraction des ressources naturelles, la corruption provoque des ravages environnementaux et sociaux.

En République centrafricaine par exemple, les responsables publics ferment les yeux sur les sociétés minières qui détruisent les forêts et endommagent des écosystèmes d’une valeur inestimable.

Au Cameroun, Fern et son partenaire local le Centre pour l’Environnement et le Développement ont montré qu'une redevance sur le partage des bénéfices destinée à redistribuer 10% des revenus de l'exploitation forestière aux communautés locales leur parvient rarement, en raison de détournements de fonds.

Le bassin amazonien est une autre région sujette à la corruption. Sous le couvert du développement de l'agro-industrie, de vastes zones sont brûlées pour faire place à des produits destinés à l’exportation, et des dirigeants autochtones y sont assassinés avec une régularité alarmante et dans une apparente impunité.

Bike Carrying Canes Democratic Republic of Congo
Photo: Democratic Republic of Congo, Steve Evans, Flickr/cc.

Des solutions concrètes existent

Afin d’enrayer la corruption, il convient d’abord de la comprendre. Cela nécessite une veille renforcée des activités gouvernementales, un partage des informations et une coordination entre les structures chargées de l'application des lois et de la lutte contre la corruption, au niveau national et international. En outre, la société civile doit pouvoir surveiller et dénoncer la corruption, mais surtout demander des comptes aux agents publics.

Il faut ensuite une réelle volonté et soutien politiques pour lutter contre la criminalité environnementale et la corruption. L'application de lois et de politiques fortes et justes est essentielle et doit avoir un impact positif pour tous les citoyens.

Enfin, les gouvernements doivent respecter leurs engagements de gérer les ressources naturelles de manière transparente, par exemple en mettant pleinement en œuvre les obligations du Plan d'action pour l’application des réglementations forestières, la gouvernance et le commerce (FLEGT) qui entend favoriser le commerce de bois d'origine légale.

Des pays comme les États membres de l'UE qui importent des ressources naturelles des pays du Sud ont la responsabilité d'unir leurs efforts pour lutter contre la corruption et renforcer la gouvernance en partenariat avec les pays exportateurs. Cela nécessite l'adoption de mesures réglementaires pour garantir que les importations de l'UE n'encouragent pas davantage la destruction de l'environnement et les violations des droits humains. La demande accrue de produits forestiers et de commodités agricoles des pays asiatiques signifie également que les pays producteurs bénéficieraient d'accords avec les pays importateurs favorisant un commerce transparent, responsable et durable.

Des solutions diverses sont à portée de main. La mise en place d'institutions et de processus transparents et responsables ainsi que la promotion d'une gestion juste et inclusive des ressources naturelles sont des priorités absolues si l’on entend lutter contre la corruption sérieusement. A cet effet, tout le monde doit avoir son mot à dire, en particulier les communautés dépendantes des ressources convoitées.

Catégories: Blogs, FLEGT, Forest Law Enforcement, Governance and Trade (FLEGT), Cameroon, Central African Republic, The Democratic Republic of Congo, The Republic of Congo

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