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Congo : Face à la COVID-19, la société civile et les communautés locales mutualisent leurs efforts

18 novembre 2020

Written by: Marien Nzikou-Massala, journalist

Congo : Face à la COVID-19, la société civile et les communautés locales mutualisent leurs efforts

23 Septembre 2020 : sous un hangar, devant les représentants et le bureau du comité d’Ingolo 1, un village d’environ 1200 habitants à plus de 400 kilomètres de Brazzaville, une délégation d’organisations de la société civile (OSC) s’apprête à échanger avec les membres de la communauté, une première depuis l’apparition des premiers cas de COVID-19 en République du Congo, le 1er mars 2020.

Au début de cette crise, seuls les pouvoirs publics étaient mobilisés à travers l’unité de lutte contre la COVID-19, et cela surtout dans les deux grandes agglomérations du pays : 90 pour cent de leurs actions étaient concentrées à Brazzaville et Pointe-Noire au détriment de l’intérieur du pays. Pour combler le déficit dans le déploiement du gouvernement sur l’ensemble du territoire, les OSC ont pris le relais de l’action publique dans les régions reculées.

OSC et pouvoirs publics, même combat !

Plus proches des communautés, les OSC se sont davantage investies dans l’élaboration de supports et d’outils de communication (banderoles, dépliants, affiches). Elles ont formé leurs équipes à la sensibilisation sur les gestes barrières, mené des campagnes d’information seules ou aux côtés d’autres OSC et partenaires publics et relayé les décisions ministérielles.

Dans un même élan, les membres du Programme concerté pluri-acteurs (PCPA-Congo), qui compte en son sein 67 OSC, ainsi que deux collectivités territoriales, se sont impliquées auprès des populations à travers des actions de terrain. Selon un rapport du PCPA publié en juin 2020, 52 pour cent des OSC du programme travailleraient aux côtés du gouvernement sur la COVID-19.

Malgré des restrictions, d’autres organisations ont organisé des actions de terrain, comme le fait savoir Christian Mounzeo, coordonnateur de la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme (RPDH), « bien que se déplacer était difficile pour nous, car il fallait nous soumettre à plusieurs formalités administratives pour accéder à certaines localités forestières, nous avons effectué des activités d’observation sur les illégalités dans le secteur forestier au mois de juillet ».

De son côté, l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH) a récemment couplé sa mission de suivi de la gouvernance forestière, à une campagne de sensibilisation sur les mesures barrières contre la COVID-19 et de distribution de masques. Au cours de cette mission, l’organisation a rencontré des communautés des sous-préfectures de Zanaga, Sibiti et Komono, examiné le respect des droits des communautés et des travailleurs de sociétés forestières visitées et collecté des informations sur les illégalités forestières afin de les porter à l’attention des autorités préfectorales.

La crise qui a touché plusieurs plans de la vie économique du pays n’a pas épargné le secteur forestier qui est le second secteur le plus important après le pétrole. « Nous avons constaté un ralentissement des activités forestières dans le département, ce qui s’est traduit par une diminution du volume des grumes et d’autres produits forestiers exportés. Celle-ci a eu pour effet une réduction des recettes forestières et fiscales », déclare Nania Kouassi, responsable du parc à bois et de la scierie de la société SIPAM dans le village de Mapati. « Certains de nos travailleurs étaient en congé technique et nous avons seulement conservé les gardiens et le personnel administratif.» L’OCDH a recommandé à la société SIPAM de reprendre tout le personnel à l’arrêt lors de la reprise totale des activités et de veiller ainsi à leur bien-être.

La veille communautaire à l’heure de la pandémie

Si tant le secteur privé que le secteur public a souffert de cette pandémie, la période de confinement a parfois renforcé les activités de veille au sein des communautés : « nous avons saisi la tronçonneuse d’une société qui coupait illicitement du bois dans nos forêts, profitant de la période où tout le monde était confiné », rapporte le chef du village de Missama, tout en exhibant le matériel saisi. « C’est grâce au système de veille communautaire que nous avons pu mettre la main sur le matériel bien que les exploitants aient pris la fuite. Nous avons par la suite informé la Direction départementale de l’économie forestière qui a procédé à la saisie du bois coupé frauduleusement. »

Pour les communautés, la gestion de la pandémie et surtout les mesures prises par les pouvoirs publics (couvre-feu, interdiction des attroupements, fermeture des frontières) ont rendu de plus en plus difficile la vie sociale des communautés riveraines qui se sentent abandonnées. « Nous n’avons pas peur de la Covid, mais plutôt de la famine qui va nous tuer, car jusqu’à présent il n’y a pas de mesures d’accompagnement du gouvernement hormis quelques rares organisations de la société civile qui commencent à venir nous voir », explique Anatole Ngoubili, leader autochtone du village d’Ingolo 2.

Le gouvernement congolais avait promis aux familles démunies un fonds de solidarité à hauteur de 50 000 FCFA, soit 76€, qui n’est malheureusement pas parvenu aux populations de la sous-préfecture de Zanaga, ni à celles de Komono. « Nous résistons et nous respectons les mesures barrières de la maladie, mais nous devons nous nourrir. Nous avons appris que les pouvoirs publics sont en train de distribuer des fonds, malheureusement nous n’en avons pas encore bénéficiés », souligne Ngoubili.

Ainsi pour se prendre en charge, certaines femmes autochtones d’Ingolo 2 ont résolu de « réinvestir dans la forêt » et de se lancer dans la cueillette des asperges et du Gnetum africanum communément appelé « koko ou « mfumbu » et d’autres produits forestiers non ligneux qu’elles vendent devant leur parcelle.

À en croire ces populations forestières, le coronavirus « serait une maladie ramenée par des gens de la ville ». Persuadé de se mettre à l’abri, Ipari Gaston, autochtone du village de Loyo, a résolu de camper en forêt, loin de tout contact avec des Bantous. « Ma famille et moi, nous avons choisi daller très loin dans nos campements dans la forêt pour éviter cette maladie, étant donné que nous n’avons pas la possibilité de nous protéger en vivant ensemble avec les Bantous ici. Dans notre milieu naturel on se protège mieux », confie-t-il.

Catégories: The Republic of Congo

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