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Amazonie et Bassin du Congo : même menaces et même combats

13 novembre 2019

Written by: Marie-Ange Kalenga

Amazonie et Bassin du Congo : même menaces et même combats

L’exploitation illégale des forêts, la déforestation, l’accaparement des terres, la pollution et le changement climatique – des questions de vie et de mort pour l’Amazonie et ses forêts – sont quelques-uns des défis soulevés lors du Synode des Évêques pour l'Amazonie à Rome en octobre 2019. Les évêques ont insisté sur l’urgence d’écouter « les voix et la clameur venant d’Amazonie comme des messages de vie » et de tenir compte du « cri de la terre et du cri des pauvres ».

Le Synode a été le premier à aborder les liens existant entre déforestation, violations des droits humains et changements climatiques – même si ces questions préoccupent le Pape François depuis longtemps. Il est important et opportun de lancer un appel au monde et à l’UE afin qu’ils proposent une réponse coordonnée et juste à ces problèmes. Tous les acteurs, y compris l’Église catholique, doivent être impliqués.

Dans son document final, le Synode affirme la volonté de l’Église de s’engager fermement à promouvoir la justice environnementale et sociale et à faire preuve de solidarité envers les 34 millions de personnes qui vivent en Amazonie, notamment les millions de peuples autochtones. Le Synode a affirmé sa volonté de défendre leurs droits à la vie, à leurs terres et à leur culture, tout en soulignant le besoin urgent d’une conversion « écologique » mondiale.

Œuvrer pour la protection de la forêt amazonienne est crucial pour le climat et l’humanité. Les trois quarts de la superficie des forêts détruites l’ont été pour l’expansion agricole, la production de viande et l’exploitation minière, ce qui constitue une menace majeure pour l’ensemble de l’écosystème et les moyens de subsistance locaux.

Cette crise écologique n’est pas isolée : les forces qui causent des ravages en Amazonie sèment la destruction dans d’autres régions du monde, telles que l’Afrique et l’Asie du Sud-Est.

Photo: Markus Mauthe, Greenpeace

Le bassin du Congo en Afrique centrale abrite la deuxième plus grande forêt humide au monde, et dispose de ressources naturelles abondantes : minéraux, pétrole et bois. Toutefois, de nombreux pays de la région ne parviennent pas à gérer ces ressources de manière transparente et les populations locales ne bénéficient que très rarement des retombées de leur exploitation.

Mathieu Yela du Cercle pour la Défense de l’Environnement (CEDEN) a déclaré : « En République démocratique du Congo, des entreprises européennes exploitent le bois et les mines depuis des décennies et de façon impitoyable, et tentent aussi de s’accaparer de vastes étendues de terre pour y développer des parcs agroindustriels, et des plantations à grande échelle, pour l’exportation de produits. Hélas, nous constatons très peu de changement pour les communautés locales et les populations autochtones dont les terres sont ravies, spoliées ou dégradées, et elles n’ont que très peu à dire sur les politiques décidées d’en haut.  L’urgence est réelle et si nous ne changeons rien, nous ne pourrons pas gagner la bataille de l’écologie », a-t-il averti.

D’autres voix se font entendre notamment celle de Rigobert Minani Bihuzo, coordinateur du Réseau ecclésial de la forêt du bassin du Congo (REBAC). Il exhorte à placer l’écologie intégrale, qui protège à la fois la planète et les droits des peuples, au centre des politiques et du travail de l’Église et à renforcer les réseaux qui promeuvent la protection des forêts.

Il n’est pas trop tard pour sauver les forêts et les écosystèmes tropicaux ainsi que les communautés locales et les peuples autochtones. Mais cela ne peut se produire que si nous sommes sérieux dans la lutte contre les moteurs de la déforestation, à commencer par une demande non durable de produits de base agricoles, de bois d’œuvre et de minéraux. Parce que l’UE a une responsabilité dans cette destruction, elle doit respecter ses propres engagements et déclarations en matière de lutte contre la déforestation. La récente communication de la Commission européenne sur le renforcement de l’action de l’UE en faveur de la protection et de la restauration des forêts du monde et les échanges de vues ultérieurs du Conseil de l’UE semblent prometteurs.

Désormais, l’UE et ses États membres doivent œuvrer à une Nouvelle Donne Verte pour les Forets (Green New Deal for Forests) qui définisse des mesures nationales pour faire face à l’urgence forestière et établisse des partenariats avec les pays producteurs afin que le développement et les réformes économiques prennent en compte les droits des communautés locales et peuples autochtones à la terre et à un environnement sain.

Dans son encyclique Laudato Si de 2015, le Pape François a déclaré : « Nous devons comprendre qu’une véritable approche écologique est toujours une approche sociale ; elle doit intégrer les questions de justice dans les débats sur l’environnement, de manière à entendre à la fois le cri de la terre et le cri des pauvres. » S’appuyant sur cette initiative, le Pape a annoncé son intention de publier une exhortation apostolique avant la fin de l’année afin de traduire de façon concrète les conclusions du Synode, qui ne sont pas contraignantes.

Il est important que Fern et ses partenaires créent des liens avec cette importante initiative sur l’Amazonie et qu’elle inspire les efforts dans les autres régions tropicales forestières. Les groupes confessionnels en Europe et de par le monde sont de plus en plus attentifs à l’appel du pape en faveur d’une justice climatique et écologique.

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