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Une nouvelle étude révèle comment effectuer la transition européenne vers le transport électrique tout en minimisant les atteintes aux forêts et aux droits des populations autochtones

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Une nouvelle étude révèle comment effectuer la transition européenne vers le transport électrique tout en minimisant les atteintes aux forêts et aux droits des populations autochtones

Un nouveau rapport, publié aujourd'hui à l'occasion du Forum de l'OCDE sur les chaînes d'approvisionnement responsables en minerais, révèle que la future demande européenne en matière de véhicules électriques (VE) pourrait faire payer un lourd tribut aux forêts mondiales et aux peuples autochtones.

C'est la première fois qu’une étude modélise la déforestation potentielle induite par la future demande européenne en matière de VE (jusqu'en 2050). Le rapport établit qu’en cas de poursuite de nos usages actuels (scénario dit de « statu quo »), qui s’appuient sur des batteries composées principalement de minerais extraits des sols forestiers, cela entraînerait la destruction de 118 000 hectares de forêts. Cela correspond à l’équivalent de la disparition de 18 terrains de football de forêt par jour au cours des vingt-cinq prochaines années.

Mais l'étude montre également que cela peut être évité. Les auteurs identifient deux moyens principaux de limiter ces risques de déforestation : l'adoption de batteries plus innovantes ainsi que la mise en œuvre de nouvelles politiques de mobilité qui réduiraient drastiquement la demande européenne en minerais de transition. Le rapport démontre également que des stratégies d'approvisionnement plus judicieuses peuvent contribuer à atténuer les effets.

« La nécessité d'une décarbonisation du secteur des transports ne fait aucun doute », a déclaré Perrine Fournier, chargée de campagne au sein de Fern, association de défense des forêts et des droits humains. « Mais nous devons veiller à ce qu’elle ne se fasse pas au détriment des forêts et des personnes qui y vivent. »

« Notre étude démontre que la prise en compte de la déforestation dans la transition du secteur du transport permet d’innover, tant en matière de batteries que dans la manière dont nous utilisons les voitures. Cela permettrait également d'accroître la sécurité de l’Union européenne en réduisant sa dépendance à l'égard de chaînes d'approvisionnement vulnérables », a déclaré Mme Fournier.

À la croisée des chemins

L'étude, intitulée "Vecteur de changement et non de déforestation : comment l'Europe pourrait atténuer les effets négatifs de sa transition en matière de transport", a été commandée par Fern et Rainforest Foundation Norway. Elle a été réalisée par des chercheurs de l’association négaWatt, qui ont modélisé la demande en métaux et en minerais du secteur des transports, et par des scientifiques de du département économie et business de l’Université de Vienne (WU Vienna), qui ont évalué l’origine potentielle de la déforestation dans les différents scénarios.  

Les chercheurs proposent une voie alternative crédible pour le secteur des véhicules électriques de l'UE. Baptisé "scénario CLEVER", ce scénario permettrait de réduire la déforestation prévue de 82 %, soit de 118 000 à 21 300 hectares.

Ce scénario repose sur le passage à des batteries LFP plus innovantes, qui utilisent du fer et du phosphate, au lieu des batteries NMC 811, qui sont actuellement les plus utilisées pour les VE européens et qui nécessitent nickel et cobalt, vecteurs de déforestation.

Le scénario CLEVER s’appuie également sur des politiques publiques dites de « suffisance » qui contribueraient à réduire de manière significative les besoins en minerais du secteur des transports, jusqu'à 43 % pour le cuivre et le cobalt par rapport au scénario de « statu quo ».

Le GIEC  définit les politiques de « suffisance » comme un "ensemble de mesures et de pratiques quotidiennes qui permettent d'éviter la demande en énergie, matériaux, terres et eau tout en assurant le bien-être de tous dans les limites de la planète".

« Notre étude démontre que la « suffisance », qui consiste à utiliser moins de ressources en repensant ce dont nous avons réellement besoin, est un levier essentiel pour la conservation des forêts. Pour le secteur du transport, cela veut dire promouvoir des voitures plus petites, encourager le covoiturage, réduire la demande de déplacements ou encore diminuer la dépendance à l'égard de la voiture, en particulier grâce à une mobilité plus partagée.  
La « suffisance » offre de réelles opportunités aux consommateurs européens, avec des coûts de mobilité réduits et une moindre dépendance à l'égard des voitures ainsi qu’aux importations en minerais stratégiques. Elle peut aussi renforcer la stratégie industrielle de l'UE en stimulant la compétitivité des petits véhicules fabriqués en Europe, par rapport aux modèles chinois importés »
, a déclaré Adrien Toledano, coauteur de l'étude pour négaWatt. 

Déforestation liée au secteur minier

Les batteries représentent environ 70 % de l'empreinte de déforestation des VE, tandis que les métaux nécessaires à la fabrication des carrosseries constituent les 30 % restants. L'étude évalue la déforestation directe causée par l'expansion des zones d'exploitation minière pour le fer, le bauxite, le cuivre, le manganèse, le nickel et le cobalt.

Les mines provoquent également une déforestation indirecte bien au-delà du site minier immédiat, avec la croissance d’établissements environnants et la construction d'infrastructures pour répondre aux besoins en énergie et en transport. Cette déforestation indirecte n'est pas abordée dans cette étude, mais il a été démontré que l'exploitation minière industrielle est à l'origine d'une déforestation indirecte dans deux tiers des pays tropicaux, selon un article scientifique publié en 2022.

Les chercheurs de l'Université de Vienne ont établi que des stratégies d'approvisionnement plus responsables pourraient réduire davantage l'impact de la déforestation. Concrètement, cela signifie donner la priorité à l'approvisionnement dans les pays où le niveau de déforestation historique est particulièrement bas.  

« L'impact futur des VE sur la déforestation dépendra également de l'endroit où nous nous procurons les métaux. La perte de forêt par tonne de métal extrait peut varier d'un facteur de 20. Il est donc très important de tenir compte des lieux d'extraction pour minimiser les effets négatifs sur les forêts », explique Stefan Giljum, qui a dirige l'équipe de recherche à la WU Vienna.  

La déforestation induite par l'exploitation minière est moins importante que l'agriculture, mais les dommages qu'elle cause, tels que la pollution de l'eau et du sol, sont permanents. L'opposition à l'extraction minière est très répandue et entraîne très souvent des retards et des annulations coûteuses, selon cette étude. Les sociétés minières ne parviennent souvent pas à évaluer pleinement les coûts des conflits, selon cet autre article.

« Si nous n'agissons pas, les peuples autochtones et les communautés locales paieront un lourd tribut à notre passage aux véhicules électriques. Une série de mesures peuvent l’empêcher, telles que des lois garantissant la transparence, la traçabilité et la responsabilité des chaînes d'approvisionnement en minerais essentiels ou encore la mise en œuvre, par les entreprises aux deux extrémités de la chaîne d'approvisionnement, d'une diligence raisonnable en matière d'environnement et de droits humains. Nous appelons aussi les investisseurs à faire pression sur les entreprises pour qu'elles mettent fin à tout abus », a déclaré Jasmine Puteri, conseillère en matière de chaînes d'approvisionnements à la Rainforest Foundation Norway.

Principales conclusions de cette nouvelle étude :

  • La demande de métaux atteindra son maximum en 2030 avant de diminuer légèrement. La demande annuelle de métaux de l'UE pour les VE devrait atteindre 24,5 millions de tonnes d'ici 2030 avant de diminuer en raison de la durée de vie plus longue des VE. 
  • Les différentes technologies de batteries nécessitent des minerais différents. Dans tous les scénarios, les métaux utilisés pour la carrosserie, tels que l'acier et l'aluminium, représentent la plus grande partie des minerais. Toutefois, le choix technologique influe fortement sur les types de métaux nécessaires aux batteries. Les batteries NMC 811 dépendent fortement du nickel et du cobalt, tandis que les batteries LFP utilisent du fer et du phosphate.  
  • Les mesures de « suffisance » réduisent la demande de métaux. Le scénario CLEVER, qui prévoit une mobilité partagée ou encore des véhicules plus petits entraîne une baisse significative de la demande de matériaux par rapport au scénario « statu quo », soit une réduction de 82 %. 
  • L’empreinte déforestation de la flotte croissante de VE de l'UE. Dans le cadre du scénario BAU, l'expansion minière liée aux VE pourrait entraîner une déforestation de 65 200 hectares d'ici 2050. Si les batteries NMC 811 dominent, la déforestation pourrait augmenter de 81 % pour atteindre 117 800 hectares. En revanche, le passage aux batteries LFP pourrait réduire la déforestation de 43 %, soit 37 300 hectares. Un scénario CLEVER, qui combine des mesures de suffisance et des batteries LFP, réduirait l'empreinte déforestation de 82 % (par rapport au scénario BAU avec NMC 811) pour atteindre 21 300 hectares. 
  • La technologie des batteries joue un rôle essentiel dans les schémas de déforestation. Les batteries représentent environ 70 % de l'empreinte de déforestation des VE, alors que la carrosserie des véhicules n'y contribue qu'à hauteur de 30 %. Le type de batterie utilisé dans les VE influe considérablement sur les niveaux de déforestation. Les batteries NMC 811, qui nécessitent du cobalt, du cuivre et du nickel, sont liées à des taux de déforestation élevés. En revanche, les batteries LFP utilisent des matériaux dont l'intensité de déforestation est relativement faible, comme le fer, se traduit par une empreinte de déforestation beaucoup plus faible. En outre, les différentes technologies de batteries reposent sur des métaux différents et donc sur des pays d'approvisionnement différents. L'Indonésie et le Brésil ont été identifiés comme des points sensibles de déforestation dans tous les scénarios. 
  • Les stratégies d'approvisionnement peuvent atténuer l'impact de la déforestation. L'origine géographique des métaux influence considérablement la déforestation. Trois scénarios d'approvisionnement ont été analysés : (1) un scénario "de base", dans lequel l'approvisionnement en métaux suit les tendances historiques, (2) un scénario "risqués pour les forêts" avec une part plus importante de métaux provenant de pays à forte intensité de déforestation, augmentant les risques de déforestation jusqu'à 266 %, et (3) un scénario "Protection des forêts et des peuples" donnant la priorité à l'approvisionnement auprès de pays à faible déforestation, ce qui pourrait réduire les impacts jusqu'à 41 %.

 

Contacts:
Perrine Fournier, Fern ([email protected])

Catégories: Press Releases, Critical minerals

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